Ce mois où j’ai comblé un vide


Son nom résonne à mes oreilles. Elle me remplit le crâne de ses salades. Me bourre l’œuf de son fiel.
Je ne sais plus où j’en suis, ni ce que j’ai fait cet été à Paray. Tout ce que je sais, c’est que j’y suis arrivé, gonflé d’assurance, d’aplomb, d’orgueil, convaincu que je ne tomberai pas amoureux. Mais ça n’a pas raté.
Et je n’avais pas prévu ça.
Bref, je vais écrire pêle-mêle tout ce qui me reviens en mémoire. Pas le temps d’organiser tous ces mauvais souvenirs. Juste l’envie d’évacuer, une bonne fois pour toutes.
Le moment où je l’ai rencontrée, celle-là, je ne m’en souviens pas vraiment. Peut-être juste qu’elle m’a juste dit bonjour comme chacun. Je pense que son air m’a marqué. Elle est particulière, avec son rire, son sourire au rouge à lèvres, ses robes originales, me suis-je dit.
Je suis vraiment en colère, aujourd’hui, vraiment en colère. Je n’en peux plus de penser à cette demoiselle en mal de coups bas. Heureusement que j’ai coupé les ponts. Ça aurait pu largement me tuer au mois de février, quand j’ai failli revivre ce que j’ai vécu il y a huit ans – les anciens s’en souviennent.
Vraiment, j’en peux plus de celle-là.
Elle m’a tué, littéralement. Lavé le cerveau. Démoli la mémoire. Massacré de ses mythos. Bombardé de ses insultes. Et tellement soûlé de fausses excuses !
Je n’aurais jamais dû lui dire. Et en même temps, peut-être ai-je bien fait. Je viens de passer cinq jours où madame fait sa charmante. Me donne l’impression de donner le change – elle ne devrait pas et moi non plus. J’imite les bruitages d’un jeu vidéo du début du millénaire. Je me plie en quatre, en même temps, pour qu’elle ne remarque rien, mais c’est gros comme l’Empire State Building.
Je viens de parler à la responsable du groupe de mes soucis. Elle m’a rappelé simplement mes engagements et m’a dit de gérer la situation comme un grand. Certes, je peux avoir des sentiments. Mais il est si important de ne rien dire.
Je m’en vais demander pardon à madame. J’ai rien vu, dit-elle. (Aujourd’hui, je parierais que c’était un énorme mensonge.). Je pense que tu n’es pas bête, lui dis-je, tu vois bien que je te tourne autour. Je comprends pas, feint-elle.
Pauvre fille. Et pauvre de moi, surtout.
Un truc dont on ne parle pas ici, insisté-je. Ah ! mais c’est beau, si t’as des sentiments, blabla ; c’est normal, on n’en dira rien, blabla ; sache que ce n’est pas réciproque (heureusement, vu la suite…).
Dès le lendemain, une autre fille, avec laquelle j’ai voulu détourner l’attention de l’autre (J’avais tout fait à l’envers, décidément !), parce que je sentais, peut-être, que quelque chose clochait, me révèle qu’elle a eu très peur de moi. Je lui demande pardon, la rassure. Bien entendu, les ragots circulent, et notre tigresse aux atours de licorne d’amour arrive, remontée comme un coucou (elle a ses raisons), et m’affirme que je lui ai menti sur toute la ligne. Admettons. Je lui demande pardon aussi, lui promettant d’être plus prudent. Madame joue alors la petite victime de la perversité des mecs. Blessée, elle l’aurait été par un gars en particulier. Un homme qui lui aurait régulièrement tourné autour. L’aurait démolie mentalement. Détruite psychologiquement.
Elle me dit une chose qui reviendra régulièrement : ça comble un vide en elle.
Je sais (je l’ai appris dans de précédents échanges) qu’elle a des amis en commun avec moi. Banco ! Elle me donne le prénom d’un ancien, qui ne veut surtout pas revenir, parce qu’il l’a lâchement abandonnée ! Tout les indices semblent indiquer un gars, un bon ami, que j’apprécie beaucoup, dont il circule que finalement il n’est pas venu. Il n’est pas venu, d’ailleurs, alors qu’il m’avait assuré qu’il reviendrait. Il en avait l’air sûr.
L’engrenage, je ne l’ai pas encore compris, m’a piégé. Je suis fait comme un rat. Face à ces pervers, il n’y a qu’une seule échappatoire, la fuite. Mais moi, je suis amoureux. Le pire, c’est que malgré toutes les conneries que j’ai pu faire dans les premiers jours, c’est vrai !
La semaine suivante, je suis épuisé. Alors que les quelques premiers jours, je louais, je chantais de tout mon cœur, je suis mort. Plus la moindre énergie. Je dors mal. Je fais même l’une des pires insomnie qu’il est possible de vivre.
Madame, la blessée de la vie, est d’une énergie débordante. D’une véhémence calculée envers moi. D’une douceur fausse et prudente, souvent, aussi. Toujours au fond de la chapelle. Toujours à cracher son venin sur cet ami (Je me doute bien que c’est lui, mais elle ne l’avoue pas, et puis, c’est si peu clair.). Toujours à refuser que je prie pour elle, alors qu’elle prie pour moi (Ça sert à rien, tu comble un vide. Foutaises.). Toujours à proposer d’aller dans la grande prairie, à me faire croire que le grand manitou nous a vu (Mais non, je plaisante. Mon œil.).
Elle brise les réputations des uns et des autres. En tous cas, de tous ceux qui ne vont pas dans son sens. M’amène à douter, à ne plus faire confiance à personne.
Et pourtant, je ne me détache pas. Je n’en démords pas. C’est elle qui délire. Sûrement pas moi, en tous cas.
Une jeune femme étrangère prie discrètement pour moi. Elle me sert de confidente. Et prie la Vierge Marie. Avec ferveur. Elle part avant moi, m’assure de continuer à prier.
Non, Dieu ne m’a pas abandonné.
Je reçois, la veille de partir de cet enfer qui aurait dû être un paradis, l’effusion de l’Esprit Saint.
Je la vois une dernière fois. Je retente ma chance. Non, encore une fois. Je ne l’ai pas encore compris, ou pas voulu comprendre, mais je l’ai échappé belle. Elle a mon adresse postale, mon numéro, mon Facebook.
Le trente janvier suivant, je réalise, alors que j’écoute une émission du Père Pascal Ide, ce que j’ai subi. Je connaissais vaguement le sujet, je l’ai expérimenté. La manipulation. La personnalité narcissique. Je l’ajoute immédiatement à ma liste noire.
Je m’effondre. Je perds les pédales. Je pense deux semaines à m’en remettre. Le coup de trop.
Mais au moins, c’est réglé. Je téléphone à mon ami (celui qu’elle accusait). Je rêve de porter plainte, mais c’est grotesque. Elle s’en sortirait, de toute façon. C’est comme ça. Il ne faut pas lui en vouloir, elle est malade. Timbrée. Manipulatrice. Narcissique. Perverse.
Ce mois où j’ai comblé un vide. J’aimerais ne plus m’en rappeler. Mais il fallait bien que ça sorte.

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