Quête de sens


J’ai si longtemps rêvé d’être Dieu sur la terre
Pour venger les tourments de rires scélérats ;
Je rêvais de ce jour où, de son cimeterre,
Ma vengeance brisait cette engeance de rats.

Pour l’heure, je n’étais armé que de poèmes,
Qui ne disaient rien plus que la méchanceté,
Eux qui ne valaient rien lançaient mil anathèmes,
Brûlés par le poison d’un homme maltraité.

D’apparence hideuse et d’aspect déplorable,
Ils paraissaient leur dire, à ces hommes sans cœur,
Le sombre désespoir que leur foule exécrable
Semait au plus profond d’une âme sans honneur.

Un mal informe entrait dans ma mélancolie,
Comme le noir regret de qui je n’étais pas ;
Je chérissais le mal, caressait la folie :
Je ne valais pas plus qu’un horrible trépas.

J’étais vide de mots, tout plein de maladresse.
Tout ce que j’écrivais, c’était pour me venger,
Massacrer ce jadis qui revenait sans cesse.
Je n’avais même plus la foi de déranger ;

Tout ce que je voulais, c’était la mort totale,
Qu’enfin tous ces salauds comprennent ma douleur,
Qu’ils connaissent le sort d’une insulte fatale,
Et que de ma misère ils prennent la couleur.

Je les tuais cent fois, les tuais mil fois même,
Ces tourmenteurs de l’âme aux traits bien trop humains,
Dans des rêves sanglants je vengeais l’anathème :
Dans ces rêves de sang je brisais, qui, les mains ;

Qui, je tuais, cruel ; à qui, cassais la tête.
Mais en moi le bonheur s’éteignait… Chaque soir
Venait à s’endormir sur l’inique tempête,
D’une colère indigne aux atours de mouroir.

Si je scande aujourd’hui, c’est pour que l’écriture
Épanche le beau tendre en mil mots apaisés ;
Pour que le doux charmeur éveille ma nature,
Que je crée attendri quelques vers embrasés.

Le passé s’éteignit quand je compris la joie
Qu’il y avait à demeurer près d’un soleil radieux.
Entre malheur et Bien point de troisième voie ;
Ce que je désirais n’était pas l’insidieux

D’une horrible vengeance à la mesure pleine ;
Pas plus, je ne voulais d’un silence de mort.
Non, mon cœur, ton doux vœu refusa cette haine :
Ce coupable du Mal n’aurait point ton renfort,

Car tu voulais plus grand, plus beau, plus honorable ;
Comme un divin soleil que tu contemples coi,
Tu reçus de l’Amour la tendresse adorable,
Elle qui se révèle au creux de nos pourquoi.

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