LES SAGES ET LES FOUS


La sagesse est vertu – des faibles c’est l’adage ;

Mais de le dire a-t-on oublié le courage ?

Laissant place aux cris hérissants

De Folie, le mal des puissants,

C’est notre temps qui crut qu’étaient sagesses

Les vains baisers de deux princesses.

Voici, pour le prouver, le dit de la nation,

Qui fut la prime au baptistère ;

Et qui, croyant enfin chasser un âge austère

Fit la Révolution.

Ce dit commence un jour de la treizième année

Du nouveau millénaire, un jour pluvieux et froid –

Treize janvier, dit-on – dans le plus bel endroit

Du monde. Sois-tu condamnée,

Ô patrie, qui n’entendit pas

L’ire de tes enfants. Tes chefs prenaient leur repas

Quand, dans la rue, fatiguée, une foule

Chantait que le monde s’écroule.

Un poète était là, qui marchait en ses rangs,

Ce qu’il écrit, ce petit apologue,

Est l’humble témoignage et le subtil dialogue.

« C’était un magnifique empire

Que l’empire de morts. Tout était merveilleux

En ce monde immortel des défunts. En ces lieux,

Le Paradis montrait que rien n’est pire

Que d’errer sans but, sans rien voir.

À l’entrée cependant, l’on lit cet écrit noir :

 

Il ne faut pas mourir sans crainte !

N’oublie pas, éternel passant :

Grandeur d’âme est un bien puissant,

Inaltérable, sans contrainte.

Roi de notre monde, Satan –

Une âme au venin admirable –

Misère de l’homme incapable,

Il t’attend, ce prince, il t’attend,

Mais jamais il n’est à l’écoute.

Unique est le Bien ; sa route

Si droite, si belle – grandiose,

Nue de tout obstacle – t’est close.

Oublie l’agréable sentier

Coupant au travers de l’orage !

Tu es mort pourchassant les sages

Et tu revêts le mal entier.

Et tu viens à présent, la haine,

Ta haine, à tes côtés. Tu es mort.

Consumé par le feu du remord,

Ombre dans la dure géhenne,

N’oublie point ce terrible jour !

Sais-tu oui, je crois : l’Amour,

Unique don qui désaltère

Malgré le mal qui le dédit,

Invincible Bien du Père,

Meurt en toi, car tu l’as maudit ;

Un jour, en toi il se perdit.

Rendant bon ce qui désespère ;

Ignobles, tel le dur marteau,

Grandeur et charité tu cloue

Nues, et défiant Celui qu’on loue,

Il frappe sur cet écriteau.

 

Car la Folie du monde aux sombres flammes

Marque à jamais que là errent ses âmes.

N’oublie pas, gouverneur qui mène la Nation,

Que mal bien fait n’est point sa négation,

Qu’une famille heureuse est née d’un couple qui s’aime,

Pas d’une union qui parsème. »

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