À LA RENCONTRE D’UN MISÉREUX


Au pauvre prisonnier que je croisai un jour,

Cet homme qui manquait même d’un peu d’amour,

Que nul n’avait tiré de sa dure misère,

Et dire que sur moi je portais le rosaire !

À celui qui voulait peut-être un vieux quignon,

Quand bien même il serait rongé d’un champignon !

Ainsi qu’il me dit (ce sont ses mots) : « J’suis dans la merde ! »

« Pourquoi ? » lui répondis-je. « I faut toujours que j’perde !

J’sors de taule, et pis là, j’ai pus rien pour dormir !

J’crèv’la dalle, et en plus, moi, j’suis pas un émir :

J’sors de taule ! » il semblait que cette vie meurtrie

Ne tenait qu’à ce fil à la laine flétrie

Du désir de survivre et d’être là, debout.

Il avait dû souffrir la Croix pour être au bout

Du rouleau. Je tentais un pieux stratagème :

« Monsieur, il y a quelqu’un là-dedans qui vous aime ! »

Disais-je en désignant l’entrée d’un lieu discret

Un lieu qui pour nos jours est un lieu de secret,

Mais au chrétien fidèle un lieu de joie immense.

« Vous savez, ce doux lieu, c’est l’Amour qui commence ! »

« J’suis dans la merde ! » « Et bien », insistais-je, « la fin

De votre ‘merde’, c’est là ! » Mais l’homme avait plus faim,

Semble-t-il, d’un sandwich, que du Dieu d’amour vraie :

Deux mètres séparaient le bon grain de l’ivraie,

Qu’il ne voulut franchir ; je crois que dans son cœur,

La faim vainquît la fin de ce sombre malheur.

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