POÈMES SUR LA MORTE CHINE


GRAND

Sur la vieille barque une mutinerie,

Un combat sans pitié, une bataille à mort,

Une lutte de clans pour un cap, vers un port,

Que le Sort conduisit à la Timonerie ;

Non pas du timonier ordinaire et benêt,

Mais un mal capitaine au gouvernail atroce,

Un sombre capitaine au coutelas féroce ;

C’était un chef. Un chef pour qui le jour renaît,

Quand demain est concert au prix de l’innocence,

Quand c’est la mort d’un cruel dictateur ;

Si l’autre dictateur le remplace, on l’encense,

Celui-là qui tua des millions de Chinois :

Mao ! Grand Timonier de sa Chine de noix.

SYMBOLES

Ô venin répandu sur la Chine éternelle,

Illusions ! Avez-vous fini d’assassiner ?

Ô sanglant étendard ! – non, chaleur fraternelle ! –

Communisme ! Qu’as-tu encore à calciner ?

Chine ! Chine ! Nation qui semblait immortelle !

Cent ans de divisions et trente années d’horreur

T’ont vaincue, toi, le peuple au trop jeune empereur !

Ô Médiane du Monde ou la serpe martèle !

INFANTICIDE

Le feu du soir crépite au milieu de la ville,

Attisé par des mains d’une ardeur bien servile.

La jeune Chine meurt sur les écrans ; ce soir,

Le Dieu Mao est mort, on range l’encensoir :

Le Monde craint la Mort d’une Chine détruite –

Or, de Chine, il n’y a plus que le nom et le mythe –,

Quand, de sa tombe, un homme observe son Parti

Détruire les espoirs d’un peuple mal serti.

DICTATURE

Aujourd’hui, plus de Chine et un peuple accroupi,

Aujourd’hui, une loi, le joug mathématique

D’un opaque Parti, au bonheur, cosmétique,

Le débat à genoux, et le droit assoupi !

Voici ce que chacun désigne comme Chine –

Ce pays plein d’esprit et de vivacité,

Disparu. De la Chine il reste la Cité,

Les statues, les atours ; mais ce Parti machine

N’est Chinois que par l’art du mensonge et du fiel.

Autant qu’un Géorgien est Russe grâce au Ciel.

MORT

Regrets perdus d’un peuple envouté par le Mal,

D’un peuple hagard et mort que guide un animal,

D’un pays oublié qu’efface la violence,

De tribuns corrompus jouant dans l’indolence !

Pauvre Chine ! humiliée pour un liquide amer,

Qui devint un cadavre expulsé par la mer,

Pauvre Chine ! Tu meurs ; exsangue, tu es morte,

Et le Japon détruit le battant de ta porte,

Mao Zedong s’amuse avec ton blanc linceul,

Il répand tant de sang que le rouge y est seul.

Un nouveau-né tout près qui crie pour sa tétée,

Un fusil pékinois tue la Chine enfantée.

JUGEMENT

Arrivé à bon port – peut-on vraiment le croire ?

Peut-on vraiment le dire ? –, il est là, le vieux mât !

Ce radeau d’infortune a souffert du climat !

Pour ce bâtiment mort, plus qu’une échappatoire :

Le chemin de la fin, cet adagio final,

Dernière traversée, ou bien premier passage ?

Désespoir du marin : comme un sombre message,

On brûle la carcasse au rouge Tribunal.

LIVRE

Terribles rêveries à l’ardeur criminelle,

Songes d’un dictateur – gabegie éternelle –,

« Imité par beaucoup mais jamais dépassé ! »

Résonne comme un cri au cœur du trépassé !

Hélas ! pourquoi l’ouvrage à l’inique écriture

Est-il toujours chez eux d’une bonne Nature ?

Et qu’en dit-on chez nous, si ce n’est « trahison

D’un auguste idéal à l’auguste raison » ?

BOND

« Un Saut pour le triomphe ! » Au bord du précipice,

Mao parle si vite, et déjà tant de morts ;

Un rêve a dévoilé un magnifique auspice,

Un rêve aussi réel que de béats remords !

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