Ferdinand, jeune Parisien élégant d’une trentaine d’années, appartenait à la caste de ces gens qui ont la chance toute relative de ne tomber, habituellement, jamais amoureux. Il eût voulu trouver cette moitié qui lui correspondît, il n’y parût point parvenir. Il semblait même qu’il ne réussirait pas à se mettre dans la tête de se disposer à des rencontres plus poussées avec ses amies du sexe opposé.

C’est peu de dire que quand il fit la connaissance de la jeune Albine, seuls quelques-uns de ses bons amis eussent été en mesure de deviner ce qui allait se passer entre ces deux-là… La grâce féline, la démarche altière, les yeux émeraudes et fiers, elle était de celles qui ne s’en laissent pas compter. La toute première fois que Ferdinand la remarqua, Albine parut dédaigneuse et sembla l’éviter. Mais lui fut séduit par cette douceur soyeuse et ces clins d’œil, et surtout par le sublime manteau de fourrure blanche qu’Albine portait sur elle.

Ferdinand se dit que le moment était venu de prendre sur lui et d’apprivoiser cette gent féminine qui lui était toujours restée indescriptible, inconnue et indéchiffrable. Et de fait, Albine, de son côté, ne se montra pas si indifférente aux petites attentions de notre jeune homme. Chaque jour, il allait avec elle se promener en un lieu différent pendant près d’une heure. Albine profitait d’autres instants pour retrouver ses sœurs Amande et Ariane, tandis que Ferdinand cherchait par tous les moyens de s’attirer les grâces de celle dont il tentait d’obtenir les faveurs. Il ne lésinait ni sur les propositions ni sur les idées.

Chaque jour, donc, il emmenait Albine dans Paris, découvrant les divers parcs et jardins, lieux idéaux pour une promenade romantique. Il n’hésita bientôt plus à la prendre contre lui devant chacun, puisqu’elle n’y avait vu aucun inconvénient. Il était certes loin, le dédain et l’évitement des premiers moments passés l’un près de l’autre. Ferdinand appréciait le contact doux et soyeux de Albine ; Albine se laissait facilement aller dans les bras du jeune homme. Elle appréciait ses caresses franches et tendres, emplies d’amour et d’admiration pour sa vigueur animale et sa fougue qui lui donnaient une apparence chasseresse.

Ferdinand finit par emmener Albine chez lui. Ce fut une joie autant qu’un déchirement pur Amande et Ariane, qui se lamentaient de se retrouver seulement toutes les deux.

Cela faisait désormais trois mois que Albine habitait dans l’appartement du jeune homme. Tout s’était bien passé jusqu’alors. Elle continuait à voir ses sœurs de temps en temps, mais comme la relation grandissait, elle prenait de plus en plus naturellement ses distances avec elles. Bientôt même, elle devint toute à son jeune Ferdinand. Elle demeurait cependant de nature assez indépendante, aimait prendre l’air songeur et nostalgique sur le balcon.

Mais, alors qu’il lui proposait comme souvent de descendre aux jardins du Luxembourg, elle se montra soudain et inhabituellement réticente. Son manteau de fourrure blanche sur elle, Albine résistait aux avances du garçon, qui n’insista point. Puisque c’était comme ça, il irait seul. Il trouvait cela triste qu’elle n’ait pas accepté cette belle escapade dans ce lieu enchanteur, mais, au fond, peu lui importait. Tout serait rentré dans l’ordre le lendemain.

Ferdinand évacua cet événement de son esprit, songea au nouveau collier qu’il devait acheter à sa jeune compagne. Il hésitait entre deux : l’un était un beau ruban turquoise auquel était incrémentées quelques petits rubis, l’autre une fine chaîne en argent accompagnée d’un saphir.

Finalement, il s’était remémoré le refus de Albine, choisit donc les deux ; il se disait que cela lui irait bien et lui permettrait de retrouver confiance en son amour.

Comme Ferdinand était de retour chez lui, il entendit le bruit d’une dispute, comme si deux jeunes chats s’affrontaient pour un peu de territoire. Sur le pas de la porte, alors qu’il l’avait ouverte, il sentit d’ailleurs un mâle passer entre ses jambes à toute vitesse et s’enfuir. Devant lui, Albine se roulait par terre avec un miaulement de satisfaction.

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