Ce jour de décembre


Un fragment de douleur dans cette triste plainte,
Qui s’élève d’en bas pour appeler les Cieux ;
La foule, dans l’église à l’air silencieux,
Demande pour un prêtre une divine étreinte.

Cet homme dans ma ville est admiré par tant ;
Ne dit-on pas de lui qu’il fit pour notre Église
L’œuvre digne d’un saint que clame sa prêtrise ?
Ce héros reconnu par le monde, en partant,

Laissait le souvenir d’une âme bien fidèle.
J’étais dans la chapelle à prier le Seigneur,
Avec la foule immense et croyait de tout cœur
Que l’homme célébré serait ce doux modèle.

Il parlait vaillamment par ces temps assombris
De la bonté de Dieu qui réveille la vie.
Je ne puis m’attarder sur cette force obvie :
J’aimerais oublier les ruines et débris,

Que l’homme a ravagés, que l’on nommait jeunesse.
Je sentis ce jour-là comme un ombreux tourment,
Comme si dans l’humain restait l’égarement,
Un sentiment profond dont il fallait qu’il naisse.

Je bénis le cercueil troublé par ce remords
Qui semble proclamer ce qu’a fait sa dépouille.
Je me signe avec foi mais mon âme s’embrouille
D’un triste et sombre mal qui me pousse dehors.

Cela fait désormais plusieurs années qu’une personne que beaucoup croyaient bien connaître est décédée. Je me souviens que beaucoup étaient présents à ses funérailles, le jour de l’Immaculée conception.

Si je n’ai pas su mettre les mots sur ce que j’ai ressenti à l’époque, puisque peu encore se doutaient des drames qui s’étaient déroulés, aujourd’hui j’imagine que dans mon cœur les masques étaient tombés.

En fait, ce que j’ai ressenti est un immense malaise. Une envie que la Messe finisse. Quelque chose sonnait faux dans les hommages que l’on faisait de « M. l’Abbé ». Sur le coup, je ne sais pourquoi, ni comment, mais j’ai ressenti quelque chose de noir, de profond, de triste dans mon cœur.

J’ai pu – je m’en souviens – réagir « à chaud » le jour où le diocèse d’Angers a choisi d’exhumer cette affaire douloureuse. Certains n’y ont pas cru ; n’ont pu y croire. D’autres l’ont vécu profondément dans leur chair, se souvenant de ce qu’eux-mêmes avaient vécu. D’autres enfin – j’étais de ceux-là – ont été profondément attristés de ce sentiment de trahison qu’ils avaient au fond d’eux-mêmes.

Je me souviens de m’être effondré en larmes en confession, parce que je m’en voulais d’être en colère contre cet homme. Alors qu’humainement j’avais tant de raisons, et le droit de l’exprimer.

Il est vrai que ce prêtre avait beaucoup de comportements à la limite. Aujourd’hui, je dirais qu’ils étaient carrément malsains. Je n’ose vous donner les exemples, moi qui l’ai très bien connu, puisqu’ils sont honteux, et vous feraient froid dans le dos.

En revanche, je voudrais prier, et vous inviter à le faire, pour toutes les personnes victimes de ces actes criminels dont je me sens solidaire, pour leurs familles profondément marquées par la colère, et pour l’âme de ce bourreau, car je ne désespère pas que le remords qu’il a pu exprimer – si tant est qu’il en ait eu la force – ait permis à Dieu de le sauver.

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