ÉLOGE DE TAKASHI NAGAÏ (TIRÉ DE « REQUIEM POUR NAGASAKI »)


I

L’oiseau de mort partait sans rien détruire autour,

Mais le ciel ténébreux lançait une menace :

Ses moutons assombris cachaient l’astre tenace,

Quand nul ne s’en souciait ; quand le cruel vautour,

D’un vol sombre et pesant revenait tout détruire :

La jeunesse insouciante animait les quartiers,

Les rues se remplissaient de nouveau de métiers.

Tout en haut, le vautour jetait toute son ire.

Nagaï guérissait par son cœur bienveillant,

Dans l’hôpital garni par une Vie malade,

Et sa foi s’érigeait pour elle en palissade.

II

Le fracas jeta tout dans un éclair brillant.

III

L’éclat incandescent assombrissait la ville ;

Un champignon poussait dans le ciel décharné ;

Un typhon monstrueux, tel un diable incarné,

Renversait la cité de sa force tranquille.

Requiem aeternam ! Et dans les rues désertes

Des cendres s’envolaient, là où un peu plus tôt

Des femmes, des enfants… De son sombre manteau,

Le nuage mortel cachait toutes les pertes.

Partout la destruction, les ruines, les débris ;

Rien n’avait résisté à l’inique tempête,

Nagaï bousculé pensait perdre sa tête,

Sans comprendre pourquoi mourrait Nagasaki.

Mais la Vie s’agrippait à son corps et son âme

Ecoutait les mourants coincés sous bois et briques ;

Au dehors, s’affolaient les vivants squelettiques.

Il devait éclairer les victimes du drame,

D’un sourire, d’un mot, d’un geste si courant

Que l’atome donnait comme acte inoubliable.

La douleur n’était plus ce mal infatigable

Qui hante le corps mort des décharnés mourants.

Les hauteurs assombries tiendraient lieu d’hôpital.

Takashi Nagaï cherchait en vain sa femme

Pour la conduire en haut ; il vit cette grande âme,

Qui s’envolait chez Dieu par la faute du Mal :

Son chapelet signait sa dernière prière,

Enfin elle vivait heureuse au Paradis ;

Ô Joie ! Rien ne devrait jamais être maudit,

Pas même ce jour noir l’explosion meurtrière !

Escaladant la pente abrupte, Nagaï

S’évanouit sur le sang qui coulait de sa tête,

Ce sang qui s’oubliait dans ce jour de défaite,

Ce sang par qui plus rien ne devait être haï…

Qui eût imaginé une telle souffrance ?

Et qui eût crut qu’un homme allait la supporter

Sans gémir, dans la nuit ? Lutter, encor lutter !

Vivre, sourire, aimer ! n’est-ce pas l’évidence ?

Dans ce vieux cabanon que seul il construisit,

L’homme souffrit neuf ans sa maladie mortelle,

Souriant à chacun : que la vie était belle !

Et rejoignit enfin Dieu en son Paradis.

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