AGONIES


AGONIES

Le Festin infernal

L’Homme sage deux fois, comme il en a souffert !

La Douleur, vieux chasseur, met toujours un couvert

A la table infernale où se repaît Satan.

Le Démon affamé apprécie tant l’instant

Où il mange la Paix, la Douceur, le Bien-être,

Que la Douleur fait cuire. Ô pauvre petit être !

Qui t’as fais tant pleurer ? Qui a rongé ton corps ?

Quand la Douleur s’éveille, hélas ! la Joie s’endort.

La Soif

Gouvernant l’infini qu’est le désert aride,

Le soleil brûle tout par sa chaleur torride.

Seul, errant au pays des folles pyramides,

Un homme cherche en vain des sols verts et humides,

Haletant, épuisé, assoiffé, faible et lent.

La Mort s’amuse enfin sur le sable brûlant :

Elle laisse souffrir sa malheureuse victime,

Qui se débat encor dans la chaleur ultime.

De l’eau ! de l’eau là-bas ! Ce n’était qu’un mirage.

Il espère trouver l’introuvable rivage

Qui le délivrera de la prison de sable ;

Ses pas sont effacés : le sol insaisissable

Est mu par le vent chaud, mortel, impitoyable.

Que j’ai soif ! Où es-tu, eau, breuvage agréable ?

Les dunes sont suivies de dunes pour toujours,

Et le ciel enflammé tue depuis trois longs jours

Le pauvre voyageur torturé par sa bouche.

Pourchassé par la Mort, ce prédateur farouche,

Le lent fuyard se heurte au mur qu’est l’horizon,

Qui l’empêche d’aller aux vertes frondaisons.

Sable, pierres, rochers, tous brûlent le mourant,

Qui tombe sur le sol de feu en soupirant.

Les mains brûlées à vif ne trouvent plus d’appui ;

Et la langue insensible aperçoit un grand puits :

Elle lèche le sable en y cherchant de l’eau.

Dans un dernier délire lui croit voir un oiseau.

La Faim

Dans l’océan de vide, il est un mal géant :

La Faim. Dans l’univers où règne le néant,

Muette et douloureuse, elle brûle ce vide.

Vieille autant que la vie, la Faim n’a pas de ride.

Un affamé debout cherche un morceau de pain,

Mais la Faim l’a surpris ; tout seul, il cherche en vain.

Son estomac se tord, se tortille en tout sens,

Il attend qu’on l’emplisse enfin de sa pitance,

Qui seule l’aidera à échapper aux serres

De la Faim insatiable. Hélas ! dans cet enfer,

L’homme ne peut manger. Pas un fruit, nulle part,

Car la Faim est partout. La Mort est au départ,

Prête à courir, bondir, pourchasser, attraper.

Titubant, l’affamé ne fait que déraper,

Il chute lourdement, pesant de tout son poids

Sur le sol rude et plat. Déjà ses pieds sont froids :

Ils n’ont plus d’énergie. L’homme se bat encore ;

Victoire ! un arbre au loin ! Son regard le dévore,

Mais l’homme doit d’abord parvenir au sauveur.

Et, des heures durant, espoir en main, rêveur,

L’homme rampe ; il souffre, il s’épuise, il est las :

Cent fois, il veut cesser et vivre son trépas.

Pourtant, le végétal qu’il mange du regard

Lui donne du courage et combat cet égard.

Mais l’arbre n’a nul fruit. D’un coup désespéré,

Las de la vie, il perd la force de pleurer.

La Blessure

Le sang coule, long fil que tisse une araignée

Qu’on appelle blessure, ou douleur, ou saignée.

L’homme blessé à mort n’attend pas du destin

Qu’il apprête le soir la mort, mortel festin.

Le sang poursuit toujours sa sombre randonnée,

Tandis que l’homme sent sa vie abandonnée

Au chasseur redoutable appelé le Décès ;

De sa vie vainement cherche à bloquer l’accès,

Avec un tissu blanc. La vie désespérée

Pleure sa rouge larme, humeur de mort parée.

La vision du blessé mourant fond à vue d’œil,

Comme un vêtement noir qui couvre l’homme en deuil.

La Vie pleure toujours, mais plus de quatre larmes,

Tout en se suicidant avec ces tristes armes.

Tout disparaît aux yeux mourants du corps sanglant,

Il ne sent plus le sang qui descend, s’en allant

Lentement, emportant avec lui cette vie

Qui, lasse de souffrir, s’est déjà endormie.

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