Le droit à manger


Rachida présente le sujet du débat de manière claire et concise : l’Association pour le Droit de Manger du Vin (ADMV) revendique le « droit à la mastication », ce qui serait une remise en cause totale des valeurs de la société selon l’Association pour les Droits de la Bouffe (ADB), qui demande un débat non pas sur un droit à la mastication, mais sur un droit de la mastication.
Par ailleurs, jamais dans l’histoire de l’humanité un tel débat n’a enclenché de telles réactions : doit-on garder les valeurs anciennes, qui veulent que le vin se boive, ou doit-on oublier un passé rétrograde et entrer dans l’ère nouvelle du vin à mastiquer ?

Julie est interrogée. Nombre de témoignages tendent à démontrer que la cause des pro-mastication, ou pro-mâches, est une cause résolument moderne, qu’elle fera entrer l’humanité dans l’ère nouvelle des droits de l’homme. Seuls des êtres aux convictions religieuses, et donc passéistes, peuvent remettre en cause un tel progrès.
L’humanité est faite pour le changement, chacun a raison tant qu’il pense quelque chose ; chacun sa vérité, chacun ses droits. Libre aux hommes de boire du vin s’ils n’ont pas envie de le mastiquer, mais mastiquer du vin doit être autorisé. Ce qui est absurde, c’est que l’on sanctionne un crime qui n’est pas inscrit dans la loi. De plus, ça se fait, c’est donc bien : c’est bien connu que tout ce qui se fait est bien.
Réplique de Cricri : rappelez-vous, dans une période noire de votre histoire qu’est la Seconde Connerie Mondiale, les forces nauséo-fascistes se sont servies de cet argument du droit à la mastication pour interdire le droit à la déglutition.
Julie continue : la Raison, le Progrès, la Science, voilà tout ce qui prouve que le droit à la mastication doit être considéré comme un droit de l’homme, un vrai droit, reconnu jusqu’aux plus hautes sphères de la société. Nous sommes dans la société des progrès, des droits, des envies. Mais, c’est assuré, si la loi, autorisant la mastication du vin, est votée, jamais plus l’ADMV ne revendiquera rien, car la société n’est pas prête.

Momo intervient : nous sommes les défenseurs de la liberté de l’homme. D’ailleurs, l’Association a des témoignages qui remettent en cause les tendances nauséo-fascistes de ses adversaires. L’ADMV défend chacun de nous devant la misère et la dureté de la vie, devant les pro-religieux, les tra-tras qui défendent des valeurs rétrogrades qui n’ont plus lieu d’être.
L’ADMV a d’ailleurs un témoignage très important pour le public. On présente Bouboule : il vit dans une situation déplorable parce que le vin à manger est plus agréable que le vin à boire, qu’il possède chez lui du vin à manger qu’il ne peut consommer car c’est illégal. Cette situation est cornélienne : soit il mange du vin et tombe sous le coup de la loi, soit il boit du vin, et reste malheureux.

Bouboule parle : il est triste, et ne sait pas quoi dire, car l’ADMV, à laquelle il reconnaît son indéfectible soutien, a déjà tout dit pour lui. Tout ce qu’il peut affirmer, c’est qu’il est malheureux. Il ne sait pas quoi faire, il est dans une situation désespérée.
Rachida répond que le public va voter ce soir pour savoir s’il faut que Bouboule puisse manger du vin. Après qu’elle eut fait patienter le public avec les blagues pourries que les journalistes font souvent, on annonce le résultat du vote : quatre-vingt-onze pour cent de oui. Momo se félicite de ce que le public soit ouvert au progrès et non aux nauséo-fascistes. Bouboule est triste et ne parvient pas à se libérer de sa tristesse ; pour le soutenir, Julie lui propose de manger du vin en direct, pour montrer le bien que ça fait. Bouboule le fait : il ose défier la loi inique et non-écrite par son usage du droit à la mastication, selon Momo.

Rachida, fait ensuite une longue présentation du camp pro-déglutition, ou pro-glou-glou, et donne la parole à Cricri en se vantant d’avoir eu le courage d’inviter celle qui, violant le principe de laïcité, a brandi une bouteille de Bordeaux à l’Assemblée.
Cricri – qui, comprenons-nous bien, n’a jamais brandi quoique ce soit d’autre que le règlement de l’Assemblée – n’a ne parle pas en tant que ministre, car elle défend la solidarité gouvernementale, elle parle en tant que femme de conviction, portée sur le respect des anciens : les pro-glou-glou sont des défenseurs de la justice, des droits de l’homme à l’égal des grands thuriféraires du faux progrès et de la fausse science. Il n’existe qu’une seule vérité, celle de la Vérité. Il faut donc renoncer par esprit éthique et moral (ce que Momo dénonce comme une tentative détournée de renvoyer les femmes dans leurs foyers ; Rachida l’empêche de continuer pour faire avancer le débat ; Cricri répond à Momo qu’elle-même est une femme) aux envies et aux droits qui vont à l’encontre de l’éthique et de la morale.
Julie demande alors la définition de ces termes et Cricri se lance dans une explication vague et inaboutie avant de témoigner de son intégrité de mère de famille et de finalement laisser la parole à Tug, un peu embarrassée.

Tug affirme que le devoir de tous est de… mais il n’a pas le temps d’aller plus loin que Momo l’interrompt en répliquant que le devoir est une notion passéiste et nauséo-fasciste.
Rachida arrête Momo dans sa lancée en lui rappelant clairement qu’il n’a pas la parole.
Tug dénonce alors le fait que seul les droits ont droit de cité alors qu’il existe des devoirs ; puis il dénonce le fait qu’on ne respecte pas le droit à la liberté d’expression ; et de revendiquer par un rapprochement bizarre le droit à la nourriture opposable ; continue sur sa lancée avec le droit à la bouffe saine ; ajoute qu’il ne faut pas priver l’ADB du droit d’être représentée aux États généraux de l’Œnologie ; avant de proposer le droit à la défense honorable ; puis enfin, pour éviter de parler d’un « droit à, » ce qui n’a jamais été fait dans l’histoire de l’ADB, il énonce clairement les « droits de la mastication. »

Enfin, Rachida s’apprête à clore l’émission : pardon, elle a oublié Christian, qui devait témoigner pour l’ADB. Cricri dénonce ce manque de temps de parole comme étant du temps volé par l’ADMV, notamment par une personne que je ne citerai pas par charité chrétienne, et qui a été gaspillé en défaveur de l’ADB. Rachida de calmer Momo prêt à réagir et de donner la parole en Christian tout en évoquant le match de football que le public attend avec impatience.
Christian est un homme sauvé par la lumière de l’espérance. C’est en rencontrant Nicky Cruz qu’il a redonné une place à son existence. Jusqu’alors, il mangeait du vin, mais grâce à Nicky, il a tout découvert. Il s’est mis à boire, à boire, jamais plus que raison, mais à boire. Il a bu la lumière, l’espérance ; cela lui a donné de transmettre la charité ; cela lui a permis de se donner tout entier aux autres.
Rachida est pressée par le temps : un second vote du public donne quatre-vingt-sept pour cent de soutien à l’ADMV. Il faut maintenant faire place au football et un grand match : ce soir, toute la France est derrière les Bleus.

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