I

Le bon prêtre, pourtant, les avaient prévenus,
Que les Blancs convoitaient cette pierre brillante ;
Mais le trop naïf Sioux les disaient bienvenus,
Tant que les chercheurs d'or à l'âme malveillante

Ne faisaient que passer sur les sols ancestraux.
Les Lakotas rêvaient de la paix fraternelle
Avec l'Américain aux désirs immoraux,
Ils n'obtinrent hélas que la guerre éternelle.

Tout commença ce jour où quelque Indien farceur
Tua un animal dont le Blanc fait usage -
Il n'y vit, pauvre enfant, ni mal ni noirceur -,
Le cuisit prestement, le mangea... Un message

Parvint au campement par la bouche d'amis,
On disait que les Blancs s'étaient mis en colère,
Et voulaient l'animal sans autre compromis ;
La menace venait comme un coup bas qu'on flaire,

Mais l'Indien crut résoudre avec quelque cheval
Ce triste différend qui n'était qu'une scène.
Les Blancs vinrent armés, dans un noir carnaval,
Prêts à en découdre, avec l'âme malsaine,

Et dirent à bon droit qu'ils cherchaient les voleurs,
Et devaient - les pauvrets ! - les emmener, les pendre ;
La tribu protesta avec larmes et pleurs,
Mais quand le Blanc décide il est bon de se rendre...

Le coupable à leurs yeux d'avides harpagons,
Pour un vieil animal, devait mourir sur place ;
Les Indiens, mécontents, prirent des airs bougons,
Mais les chefs Blancs criaient comme à leur populace

Qu'un voleur de bétail se devait de payer.
Un chef Indien, prudent et fier, dit que des vaches,
Ils en avaient beaucoup, que l'on pouvait brailler,
Mais qu'il voulait la paix plus que le bruit des haches ;

Il voulut proposer un peu de beau bétail,
Mais les Blancs réclamaient encore le coupable.
L'interprète, aviné - ce n'est pas un détail -,
Traduisit "marchander" dans un rôt d'incapable ;

Pour les Blancs, c'est fut trop : le chef fut fusillé !
La troupe repartit comme le camp, en larmes,
Pleurait ce pauvre mort et son père endeuillé ;
Ce jour-là, cependant, nul n'avait pris les armes.

II

Les Blancs voulaient cet or qui les rendaient tarés,
Et vinrent le chercher sur la terre ancestrale
Des Lakotas. Les biens qu'avaient accaparés
L'homme blanc recouvraient une place centrale

Dans le cœur des Indiens qui n'aimaient point creuser ;
C'était l'or des Black Hills, la montagne sacrée,
Il devait rester là pour mieux y reposer :
Parlez au Lakota, vous saurez qu'il maugrée

Si l'on vient sur ce sol pour le dénaturer.
Le Blanc ne parlait pas mais préférait la guerre ;
Ce long temps pacifique où l'on aimait jurer
Qu'Indiens et Blancs vivaient heureux, c'était naguère ;

Désormais le conflit, les combats, les coups bas,
Allaient être le jour de cette foule indienne.
L'insouciance hier, aujourd'hui le trépas...
Et demain la réserve, ô honteuse gardienne !

Cent mille Sioux fougueux face à ces millions,
Même avec cette hargne à l'air de résistance,
Ne tiendraient pas longtemps à se battre en lions
S'ils n'avaient point d'amis pour tenir la distance.

III

La ruse de ces Blancs qui peuvent plus mentir
Qu'un coyote puant à l'odeur nauséeuse,
Trompe le Lakota pour mieux l'anéantir ;
Mais dans le combat, l'Indien est fier, son âme heureuse ;

Ses chefs sont redoutés car forts et valeureux,
Et les Américains perdent plusieurs batailles
Face à ces Lakotas et ces coups douloureux
Qu'inflige le guerrier avec autant d'entailles !

Mais quand un Blanc s'en va tant d'autres ont rejoint
Leurs amis pour la guerre avec l'art d'en découdre ;
Quand dix Indiens sont morts on ne remplace point
Ces guerriers courageux comme mil coups de foudre !

La lutte est inégale et l'Indien devra fuir.
On dit qu'au Canada, terre colonisée,
On trouve des bisons au magnifique cuir ;
Les Lakotas y vont, la fuite organisée :

Les Blanc est cordial dans ce pays du froid,
Généreux et poli, l'est autant pour leur frère
Qu'avec nos bons Indiens… Dans ce sublime endroit,
Pourtant, certains les voient d'un regard de colère :

La superbe Amérique est à mieux d'accueillir
Ce peuple d'insoumis d'ardeur fort peu civile,
Même le Canada refuse de faillir
À la société des messieurs de la ville,

Et bientôt, nos Indiens doivent partir encor,
Rentrer dans la réserve où la tristesse règne ;
La traîtrise du Blanc sonnait comme du cor
Et bientôt le guerrier peau-rouge s'en imprègne :

Cheval Fou ? Poignardé par un ancien ami.
Nuage Rouge ? Ah, lui, ne parlez pas d'un traître !
Bison Assis ? Tué, ce terrible ennemi
Du venin mensonger du Blanc et de son reître !

Les autres, où sont-ils ? Encroûtés dans l'alcool,
Pleurant les morts, chassant leurs poux, fort misérables ;
Pour la moindre broutille on s'empoigne le col,
Car on fut dégagé du pays des érables…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s