La mort de l’Amérique


Vous reçûtes ce bien que l’on nomme richesse,
Préférâtes damner votre âme pour l’argent
Et, épousant l’ignoble et satanique gent
Par un ombreux désir de combler votre altesse,
 
Vous fîtes cette tour qui s’élevait aux Cieux ;
Vous construisîtes là cette fierté des hommes,
Cet orgueil diviseur envahi par les sommes
D’un métal corrupteur, lâche, triste et vicieux !
 
Babylone fut là cette ferté suprême,
D’où trônaient les plus grands parmi les rois humains ;
On y voyait la tour s’élever par les mains
De cette foule serve oubliant le Carême ;
 
Tandis qu’on édifiait ces tours de l’or banquier
On servait le Malin dans la Pomme géante,
Babylone servile et tristesse béante
De ce peuple du fric vivant pour son chéquier !
 
Ces deux tours de l’orgueil où régnaient les fortunes
De ceux qui l’avaient faite avec le sang des riens –
Ces hommes exploités pour agrandir les biens –,
Furent mises à terre, soudain inopportunes,
 
Tuant sous leurs débris le travail financier ;
Plus que trois mille morts la Babylone a chu,
La terrible Amérique et son argent déchu
S’écroulaient lentement sous l’œil d’un tenancier,
 
Sournois, qui haïssait la nation frivole –
Mède de notre temps aux désirs carnassiers –.
Je voyais ces deux tours de fiers devanciers
Tomber sous les coups noirs de cette haine, folle,
 
Propre de ce barbare aux airs de possédé !
Aujourd’hui, elle meurt pour son mal, l’Amérique ;
Dans la presse on revoit la haine satanique
Qui se déchaîne, là, sous l’atour débridé
 
D’un sourd et violent qui sonne la révolte !
Les Noirs viennent parler de leurs coups ténébreux
La langue d’un pays qui découvrit lépreux
Le feu de la noblesse et désormais récolte,
 
Sans cesse, les épis de nos sillons sanglants !
Hier, la France tua de cette guillotine
Son roi qui de mil ans tint cette âme mutine ;
Maintenant viennent là les avenirs cinglants
 
D’un monde qui s’embrase à cause de la haine !
L’Argent fait oublier Celui qui nous porta
Avec le poids des maux sur le bois ! Prorata
De calculs vénéneux qui produisent la peine,
 
Le fric est condamné quand se meurt avec lui
Ce pays qui l’admire en le portant aux nues !
Ces deux tours que l’orgueil n’aura pas retenues
Lui firent oublier son argileux appui.

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