Bon Larron


Tandis que le soldat lui remettait sa chaîne,
Prostré, l’homme pleurait sa sentence prochaine ;
Il ployait sous le poids de la culpabilité.
Planaient sur lui la mort et son iniquité.
 Le visage défait, l’œil hagard, l’âme vide,
Il hurlait sa révolte en la prison fétide.
Que lui restait-il à vivre ? Un jour, peut-être deux,
Puis la mort le prendrait sur l’olivier hideux,
 Cette croix qui vous brise avec la peur au ventre
Et vous mène au Démon qui rugit de son antre.
 Le condamné criait son désespoir, sa haine,
Mais il était trop tard pour un rachat de peine.
 Agitant les barreaux de rage et de fureur
Il demandait de l’aide au silence. La peur
Se lisait dans ses yeux de fauve qu’on enferme ;
Sur sa langue enhardie il regrettait le terme
 De l’existence bâclée à cause de son mal ;
Il était devenu, d’homme, presque animal.
 Parfois, le dur gardien prenait sa longue lance
Et de l’arme d’acier réclamait le silence ;
 Là, notre homme taisait son verbe révolté.
L’enfer, le sombre enfer qui se crut consulté
Avec impatience attendait cette prise ;
Il caressait la haine en cette âme incomprise.
Le Démon murmurait son fiel de noir lion,
Rugissant de colère et de rébellion :
« Trop tard pour ton Seigneur et pour ton âme morte !
Demain, ma légion satanique t’escorte ! »
 La nuit qui rapprochait notre homme de sa fin
Consumait lentement son cœur… Vivace et fin,
L’espoir restait pourtant dans l’âme criminelle :
Il se disait partout que la vie éternelle,
 Un homme l’annonçait pour le faible et pécheur.
Sans savoir que penser du possible sauveur,
 Le condamné sentit comme un vent sur son être.
Il entendit non loin le palais du grand prêtre,
 Où s’affairaient la foule et la troupe en fureur ;
Il ressentit le mot : « Regrette ton erreur ! »
 Bien vite, on vint le prendre ainsi qu’un autre… Forte,
Son âme s’enhardit comme il franchit la porte
 De la noire cellule et du triste destin :
« Allons, quoi qu’il en soit, tel le mal Philistin,
 Je suis un meurtrier qui ne connaît que crimes,
Je semais le malheur pour le gain de ces primes
 Qui me firent tout perdre en ce jour de ma mort.
Mérité-je donc mieux que ce terrible sort ?
 Allons, sans peur, allons ! Marchons vers notre peine ! »
Les mots qu’il prononça semaient comme une graine :
 La foi dans ce Seigneur qu’il avait refusé ;
Il jurait du Messie avec un fiel usé,
 Blasphémait souvent même avec immense rage,
Mais ce fut bien Yahvé qui lui rendit courage.
 Trois condamnés montaient sur le vieux Golgotha :
Les coups pleuvaient sur l’un qui par trois fois chuta,
 Retardant cette marche éprouvante et pesante ;
Le deuxième pestait d’une voix gémissante
Contre le pauvre type avec sa lourde Croix ;
Quant à notre pauvre homme il ployait sous le bois.
 Après la longue marche, au lieu-dit le Calvaire,
Ils furent crucifiés sous des cris de colère.
 Au milieu, l’Innocent marqué par les jurons,
Fourbu par ces crachats, reçus pour mil larrons,
 Le corps ensanglanté d’une manière affreuse,
Faisait presque un sourire à cette injurieuse,
 Cette foule occupée à moquer son état.
Tout à leur gauche, l’autre, à l’atour apostat,
 Contenté de savoir qu’on insultait cet autre,
Riait… « Hé toi, là-bas, tu fis de façon nôtre
Tous ces crimes affreux pour lesquels je te vois ! » –
L’interpella notre homme avec son peu de voix –
 « Et ton sort et le mien sont bons pour la justice,
Mais de lui, verras-tu que le crime est factice ?
 Nous méritons l’arrêt qui nous condamne à mort,
Mais la Croix qu’il porta c’est pour changer le sort,
 Je crois bien, de gaillards tels que nous… » Il contemple
L’Innocent… Ce regard ébranlerait le Temple,
 Tant il contient d’Amour pour notre homme pécheur.
« De moi, par ta puissance, ô souviens-toi Seigneur ! »
 « Amen, amen », dit Dieu, « dès aujourd’hui, toi-même,
Avec moi tu vivras, félicité suprême,
 Dans ce doux Paradis où mon Père t’attend. »
À ces mots délicats du Sauveur, pénitent,
 L’homme pleura de joie au-devant de la masse ;
Au cœur la paix lui vint malgré son péché crasse :
 Le Messie attendu l’avait vraiment sauvé !
Dans les cœurs, pour jamais cet instant fut gravé.
 Quand le Christ, presque mort, accomplit l’Écriture –
Ce Christ souffrant de voir son peuple sans droiture –
 Son cri déchirait tant que la terre trembla,
Le soleil fut voilé, la foule s’accabla –
 Non sans qu’un cœur pierreux fût comblé de sa grâce.
Jésus rendait la vie à ce monde vorace.

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